Tracé 8.6: Rythme idio-ventriculaire accéléré

Patient information

Jeune fille de 14 ans, pratiquant le tennis de compétition, sans antécédent particulier; dé­ couverte fortuite d’une fréquence cardiaque irrégulière

ECG

Question

Quel(s) est(sont) le(s) diagnostic(s) possible(s) sur cet ECG?

Commentaires

ECG description
Le tracé initial montre un rythme sinusal avec un bloc de branche droit; léger ralentissement de la fréquence sinusale et apparition d’un rythme à commande ventriculaire (QRS élargi) à retard gauche avec dissociation auriculo-ventriculaire (activité atriale sinusale plus lente que le rythme ventriculaire); fréquence ventriculaire à 80 bpm; 3 complexes de capture (complexes QRS identiques aux complexes sinusaux) à la suite d’une onde P (conduction auriculo-ventriculaire); diagnostic de rythme idio-ventriculaire accéléré
Explication

Cette jeune patiente sans cardiopathie présentait un rythme idio-ventriculaire accéléré (RIVA). Elle n’a bénéficié d’aucun traitement, le pronostic dans ce cadre étant excellent et la patiente étant asymptomatique. Le RIVA correspond à une activité ventriculaire ectopique, spontanée, peu rapide (fréquence inférieure à 120 bpm), le plus souvent monomorphe, provenant du faisceau de His, du réseau de Purkinje ou du myocarde ventriculaire indifférencié. Le terme de tachycardie ventriculaire lente est impropre dans la mesure où le rythme est souvent inférieur à 100 bpm, la limite définissant une tachycardie. Comme chez cette patiente, ce type d’arythmie survient le plus souvent à la suite d’une augmentation du tonus parasympathique et d’une diminution du tonus sympathique conduisant à un ralentissement sinusal et facilitant la décharge du foyer ectopique. Le mécanisme impliqué correspond à un automatisme calcium-dépendant qui affecte la phase 4 du potentiel d’action. Le RIVA est fréquemment observé dans le cadre d’une reperfusion suivant un syndrome coronarien, a été décrit lors de certains surdosages en drogues (cocaïne) ou en médicaments (digitaline) mais peut également survenir comme dans cet exemple chez un patient jeune sans cardiopathie. Le RIVA est généralement une arythmie bénigne et bien tolérée cliniquement ne nécessitant pas de traitement. Le pronostic chez les patients jeunes sans cardiopathie est excellent. Il peut toutefois être associé à des arythmies ventriculaires plus sévères qui requièrent un traitement.

Les principales caractéristiques électrocardiographiques sont donc plus ou moins les mêmes que celles d’une tachycardie ventriculaire “lente”. On retrouve:
• Une fréquence ventriculaire par définition inférieure à 120 bpm (au delà, il faut employer le terme de tachycardie ventriculaire); la fréquence est habituellement comprise entre 60 et 110 bpm; en effet, l’hyperautomatisme ventriculaire en rapport avec ce foyer ectopique induit un rythme légèrement supérieur à la commande sinusale;
• Un QRS large témoignant de l’origine ventriculaire;
• La tachycardie est le plus souvent monomorphe;
• La lenteur de la “tachycardie” favorise la survenue de complexes de capture et de fusion;
• L’activité atriale est le plus souvent dissociée mais une conduction rétrograde est possible;
• L’épisode débute le plus souvent à la faveur d’un léger ralentissement de la fréquence sinusale ou d’une légère accélération de l’hyperautomatisme;
• Les épisodes cèdent le plus souvent spontanément avec ralentissement progressif de la fréquence du foyer ectopique;

To remember
Un RIVA correspond à un rythme d’origine ventriculaire, avec un QRS large et une fréquence inférieure à 120 bpm, fréquemment observé dans le cadre d’une reperfusion lors d’un syndrome coronaire aigu.
X