Trace 8.4 : Tachycardie ventriculaire due à une cardiomyopathie ischémique

Informations destinées aux patients

Homme de 64 ans ayant subi un infarctus du myocarde inférieur il y a 8 ans ; fraction d'éjection de 45% ; sensation de palpitations accompagnée de lipothymie ; ECG réalisé à son arrivée aux urgences ;

ECG

Question

Quel(s) est (sont) le(s) diagnostic(s) possible(s) d'après cet ECG ?

Commentaires

Description de l'ECG
tachycardie régulière, monomorphe, à QRS large, de 180 bpm ; retard à droite (QRS positif en V1, négatif en V6), axe gauche (négatif dans les dérivations inférieures) ; activité auriculaire difficile à identifier ; activité auriculaire possible synchronisée 1:1 dans la partie ascendante de l'onde T (négative en dérivation III) ; activité auriculaire rétrograde probable ; diagnostic probable de tachycardie ventriculaire d'origine séquelle d'infarctus (paroi inférieure du ventricule gauche) ;
Explication

Les progrès considérables réalisés dans la prévention, le diagnostic et le traitement des syndromes coronariens ont permis d’allonger considérablement la survie après un infarctus du myocarde. Malgré ces avancées, le suivi à long terme de ces patients reste marqué par un risque important de troubles du rythme ventriculaire et par une augmentation significative de l’incidence de la mort subite. Les cardiomyopathies ischémiques sont responsables d’environ les trois quarts des tachycardies ventriculaires documentées. Longtemps après un infarctus, le substrat myocardique présente un certain nombre d’altérations structurelles et fonctionnelles, micro- et macroscopiques, susceptibles de favoriser l’apparition d’arythmies ventriculaires. L’existence d’une séquelle de nécrose est associée à la présence de zones de conduction lente, condition préalable à la mise en place de circuits de réentrée et à l’apparition d’une tachycardie ventriculaire monomorphe pouvant survenir à tout moment au cours de l’évolution de la maladie, parfois des années après la survenue d’un infarctus.

L'électrocardiogramme d'une tachycardie ventriculaire due à une séquelle d'infarctus présente certaines caractéristiques :

1. Les tachycardies ventriculaires secondaires à une réentrée autour d'une cicatrice myocardique sont généralement monomorphes ; il est toutefois possible d'observer différentes morphologies chez un même patient pour une même cicatrice d'infarctus (pléomorphisme), le point d'émergence de l'onde d'activation provenant de la cicatrice pouvant varier et modifier le sens de la propagation électrique dans le myocarde environnant ;
2. La morphologie des complexes QRS lors d’un épisode de tachycardie ventriculaire dépend de la localisation de la cicatrice et du circuit de réentrée au sein de cette cicatrice ; l'analyse de l'électrocardiogramme de surface permet d'orienter une éventuelle procédure d'ablation, même si la présence d'une nécrose myocardique modifie les règles de projection de l'activation électrique et rend l'interprétation et les tentatives de localisation plus difficiles ; un retard à droite suggère un circuit émanant du ventricule gauche ; un retard à gauche suggère une origine ventriculaire droite ou septale (possibilité d’un retard à gauche ou à droite) ; un axe gauche supérieur à moins 45 degrés suggère une origine diaphragmatique, tandis qu’un axe droit suggère une origine haute ; une concordance négative (complexes QRS négatifs de V1 à V6) suggère une origine apicale, une concordance positive (complexes QRS positifs de V1 à V6) suggère une origine basale, avec des erreurs possibles en cas de déformation thoracique importante ; en cas d’anévrisme ventriculaire gauche, des schémas électrocardiographiques apparemment paradoxaux de retard gauche ont été mis en évidence ; l’analyse de la première partie du QRS peut permettre de déterminer un point d’émergence épicardique : présence d’une onde pseudo-delta et d’un allongement important de la déviation intrinsèque ; la détermination de l’origine endocardique ou épicardique peut être déterminante au moment de lancer une procédure d’ablation ;
3. Les tachycardies ventriculaires dues à une cicatrice résultant d’un infarctus du myocarde présentent souvent un complexe QRS relativement élargi (> 150 ms) avec un profil en encoche et une dépression marquée du segment ST ; les complexes QRS les plus larges sont enregistrés pour les circuits provenant de la paroi latérale du ventricule gauche et les plus étroits pour ceux provenant du septum ; d’autres facteurs associés peuvent influencer la durée du complexe QRS (cardiomyopathie hypertrophique, traitement antiarythmique) ;
4. l'électrocardiogramme intercritique est souvent évocateur, avec des signes de séquelles de nécrose compatibles avec le circuit de tachycardie ;

 

 

Description du tracé 

Tracé réalisé le lendemain de la disparition de la tachycardie ; rythme sinusal, bloc auriculo-ventriculaire du premier degré ; séquelles d'une nécrose inférieure (onde Q dans les dérivations II, III, aVF) ; bloc pariétal avec complexe QRS modérément élargi (122 ms) ;

Commentaire

Diverses techniques d'imagerie ont permis d'optimiser la prise en charge des patients victimes d'un infarctus du myocarde. L'IRM constitue la technique de référence pour analyser le substrat myocardique, les zones nécrotiques et la zone limitrophe, pour déterminer la nature transmurale d'une cicatrice et pour mesurer la fraction d'éjection ventriculaire gauche, un facteur pronostique essentiel.

Bien que les bêtabloquants constituent le traitement de référence en matière de prévention de la mort subite, leur efficacité reste limitée. L'intérêt de la pose d'un défibrillateur implantable a été démontré dans de larges cohortes, tant en prévention secondaire chez les patients ayant présenté un épisode de trouble du rythme ventriculaire ou ayant survécu à une mort subite, qu'en prévention primaire chez les patients présentant une fraction d'éjection altérée. Malgré un bénéfice avéré en termes de survie, un défibrillateur ne réduit pas l’incidence des troubles du rythme cardiaque et une ablation peut être proposée en cas de tachycardies ventriculaires monomorphes récurrentes résistantes au traitement médical.

À retenir
Lors d'un épisode de tachycardie ventriculaire due à une cicatrice résultant d'un infarctus du myocarde, la morphologie des complexes QRS dépend de la localisation de la cicatrice. Il est possible d'observer différentes morphologies chez un même patient pour une même cicatrice d'infarctus, le point d'émergence de l'onde d'activation à partir du tissu intra- ou périlésionnel pouvant varier.
X