Tracé 2.5 : Pause sinusale

Informations destinées aux patients

Homme de 83 ans, hypertendu sous bêtabloquant, hospitalisé pour des lipothymies répétées accompagnées de chutes ; mise en évidence d’une pause prolongée à l’électrocardiogramme d’admission

ECG

Question

En ce qui concerne cet ECG, quelle(s) est (sont) la (les) bonne(s) réponse(s) ?

Commentaires

Description de l'ECG
Le rythme est initialement sinusal (ondes P positives en DII, V5, V6 et négatives en aVR, de faible amplitude en DI) avec une bradycardie à 43 bpm ; QRS fin ; intervalle QTc normal ; apparition d’une pause sinusale prolongée de 6 secondes, puis reprise du rythme sinusal avec une bradycardie à 45 bpm ;
Explication

Ce patient présente un dysfonctionnement sinusal caractérisé par des pauses paroxystiques, prolongées et symptomatiques. L’absence totale d’activité auriculaire (absence d’ondes P bloquées) conduit à poser le diagnostic de pause sinusale et non de bloc auriculo-ventriculaire.

Différents mécanismes physiopathologiques peuvent expliquer l'existence de cette pause :

1. Diminution de l'automatisme sinusal, le nœud sinusal étant incapable de générer une ou plusieurs impulsions ; en général, la pause n'est pas un multiple de l'intervalle PP précédent ;

2. Anomalie de la conduction de l’influx et bloc sino-auriculaire : l’influx naît normalement dans le nœud sinusal, mais n’est pas transmis aux cellules myocardiques auriculaires adjacentes (maladie périsinusale avec bloc de sortie permanent ou intermittent) ;

3. Hypertonie vagale ; face à la mise en évidence d’une pause sinusale paroxystique, il est impératif de rechercher un facteur déclenchant (contexte vagal, douleur intense, peur, stress, miction…) à cette pause afin de tenter de différencier les patients présentant un véritable dysfonctionnement sinusal anatomique (fibrose…) ou électrophysiologique (incapacité des cellules sinusales à se dépolariser spontanément) des patients présentant une pause réflexe survenant dans un contexte vagal (allongement de la pente de dépolarisation spontanée des cellules sinusales ou bloc de conduction de l’activité sinusale lié à un freinage vagal), les conséquences thérapeutiques étant totalement différentes.

La distinction entre le bloc sino-auriculaire (défaillance de la conduction de l'impulsion) et l'arrêt sinusal (absence d'impulsion) est difficile à établir en l'absence de méthodes d'enregistrement fiables de l'activité électrique du nœud sinusal. Cette distinction devient impossible lorsqu’aucune onde P d’origine sinusale n’est visible sur l’électrocardiogramme.

Chez ce patient, il est probable que la dysfonction sinusale soit liée à une atteinte dégénérative idiopathique liée à l’âge, aggravée par la mise en place d’un traitement par bêtabloquant. L’arrêt de ce traitement n’a pas permis de faire disparaître les épisodes symptomatiques (aucun signe évocateur d’un contexte vagal) et un stimulateur cardiaque a été implanté.

À retenir
Face à une bradycardie paroxystique, il convient de distinguer deux types de pathologies : la dysfonction sinusale et le bloc auriculo-ventriculaire ; en effet, la présence d’une pause ventriculaire (ralentissement brutal de la fréquence ventriculaire) chez un patient initialement sinusal peut résulter : 1. d’une dysfonction sinusale paroxystique : absence d’ondes P sur le tracé ; 2. d’un bloc auriculo-ventriculaire complet paroxystique : présence d’ondes P bloquées sur le tracé.
X