Une extrasystole ventriculaire correspond à une excitation prématurée issue du myocarde ventriculaire indifférencié ou du tissu de conduction ventriculaire à partir d’un point situé en deçà de la bifurcation des branches du faisceau de His. La prévalence des extrasystoles ventriculaires est de 3% environ lors de la réalisation d’un ECG simple alors qu’elle peut atteindre 50% chez des sujets sains en cas d’enregistrement continu sur plusieurs jours. La prise en charge d’une extrasystolie ventriculaire constitue un motif de consultation fréquent, le contexte de découverte étant très varié et allant de l’examen de dépistage lors de la réalisation d’un ECG chez un patient asymptomatique dans le cadre d’un bilan pour certificat d’aptitude au sport, d’un bilan de palpitations, de syncope ou de mort subite récupérée.
Sur l’électrocardiogramme, une extrasystole ventriculaire se caractérise par l’existence d’un QRS prématuré, ectopique, à QRS large (> 120 ms), sans association avec une activité atriale précédente. Les extrasystoles ventriculaires doivent plus être considérées comme un marqueur de risque qui doit orienter vers la recherche d’une cardiopathie et non comme un facteur de risque indépendant sur lequel il faut agir. La recherche d’une cardiopathie causale est donc un temps essentiel de la prise en charge.
Chez ce patient: 1) l’analyse du QRS conduit sur activité sinusale est très en faveur de l’existence d’une cardiopathie ischémique. On retrouve en effet, des signes d’hypertrophie auriculaire gauche mais également des signes de séquelle de nécrose antérieure confirmés par l’anamnèse et l’analyse des antécédents du patient. 2) la morphologie des extrasystoles est également en faveur de l’existence d’une cardiopathie. La largeur des complexes QRS ectopiques est importante et dépasse les 180 ms ce qui est évocateur d’une cardiopathie, les extrasystoles bénignes survenant sur coeur sain étant généralement plus fines (de l’ordre de 140 ms). Les extrasystoles ont un aspect crocheté, polyphasique et une amplitude relativement faible, autant d’arguments en défaveur d’un caractère bénin. La fragmentation des extrasystoles est considéré comme un facteur péjoratif car traduisant une propagation de l’influx électrique à travers un myocarde ventriculaire aux propriétés de conduction altérées, dans un myocarde cicatriciel ou fibrosé. Chez les patients avec myocardiopathie ischémique, le retard et l’axe des extrasystoles sont souvent dictés par la localisation de la séquelle de nécrose puisque ces extrasystoles sont soit le reflet d’une activité normale de cellules au fonctionnement altéré par l’ischémie, soit le résultat d’une réentrée autour de circuits à propagation lente de l’influx électrique dans les zones cicatricielles.
