Surdétection extracardiaque

Patient


Dans cet exemple, le patient a été implanté récemment pour prévention primaire sur cardiopathie hypertrophique obstructive. Il a fait une syncope brutale, a des antécédents
familiaux de mort subite chez son père et son frère, une obstruction sous-aortique mesurée à 74 mm Hg au repos, et à 120 mm Hg à l'effort, une épaisseur septale de 24 mm, pas de salve ventriculaire au Holter, mais une fibrose septale importante en IRM. L'étude génétique est en cours. C'est la raison pour laquelle il a reçu un système double chambre pour tenter de réduire l'obstruction sous aortique en même temps que de le protéger de troubles du rythme ventriculaire. La sonde ventriculaire droite est donc placée à l'apex du VD, et l'appareil est destiné à stimuler en continu pour inverser la séquence d'activation ventriculaire et minimiser l'obstruction à l'éjection. Le contrôle avant sortie est tout à fait satisfaisant ainsi que le cliché thoracique.
Nous recevons rapidement une alerte de télémédecine car le patient a reçu un choc maximal pour FV. Le patient est donc rappelé immédiatement en consultation. Aucun symptôme n'est survenu avant le choc qui a surpris le patient alors qu'il tentait d'attraper un objet glissé sous le siège de sa voiture ! Les sondes fonctionnent parfaitement.

Programmation

Une zone de TV est programmée à partir de 180/min avec une persistance de 12 cycles et une zone de FV à partir de 230/min avec une section TV rapide de 230 à 255/min avec une salve puis
les chocs, puis la section FV au-delà avec choc maximal directement.

Interprétation

  1. Il faut utiliser la fonction « Zoom » de l'EGM pour amplifier et dilater le tracé, ce qui en facilite la lecture.
  2. Il est évident que les détections ventriculaires avec intervalles RR très courts ne correspondent à aucun ventriculogramme sur l'EGM ventriculaire. Il s'agit donc de désurdétections.
  3. Beaucoup d'intervalles RR ont une durée de 125 ms qui est la valeur du blanking ventriculaire post-ventriculaire. De telles valeurs ne sont pas physiologiques mais
    correspondent soit à des interférences extérieures, soit à du 50 Hz, soit à des potentiels musculaires, soit à une rupture de sonde, soit à un défaut de connexion.
  4. L'analyse de la morphologie des surdétections sur l'EGM est alors essentielle. En dilatant le tracé, on s'aperçoit que le trait est épais sur l'EGM ventriculaire, mais quelque peu aussi sur le signal atrial. Ce phénomène peut correspondre à une interférence extérieure, à du 50 Hz, à des potentiels musculaires de type diaphragmatique, mais probablement pas pectoraux, mais certainement pas à une rupture de sonde ou un défaut de connexion qui provoqueraient des potentiels anarchiques de grande amplitude. De surcroit la manipulation du boitier à travers la peau qui n'a pas pu être agressive car l'implantation est toute récente, n'induit aucun signal aberrant sur l'EGM temps réel. Les circonstances d'apparition du choc n'évoquent pas une exposition à une interférence extérieure ou du 50 Hz. Alors des myopotentiels ? Les mouvements contrariés du bras, là aussi douloureux, n'engendrent aucune anomalie.
  5. En revanche, le caractère intermittent et même régulier de l'apparition des signaux aberrants et la reproduction du phénomène sur les deux sondes par la respiration profonde pendant la consultation signent le diagnostic de myopotentiels d'origine diaphragmatique ! Un cliché de contrôle révèle que la sonde ventriculaire est à sa place,le long de la face inférieure du VD, et la sonde atriale s'est déplacée pour se fixer à la partie basse et latérale de l'OD, en regard de l'hémidiaphragme droit ! C'est la raison pour laquelle on voit apparaitre également sur l'EGM atrial des artéfacts sous forme d'une ligne épaisse quand le patient effectue des mouvements respiratoires amples, événement reproductible en consultation. Les signaux atriaux ne sont toutefois pas d'amplitude suffisante pour être détectés.
  6. On constate aussi que la charge des condensateurs n'a pas été homogène, s'interrompant lors de l'apparition de cycles lents engendrant l'absence de majorité.
    La charge des condensateurs reprend dès que la majorité redevient FV. A la fin de la charge, le cycle suivant étant dans la zone FV, le choc est délivré. Mais cette fois, une tachycardie ventriculaire a été induite qui est lente, détectée en dehors de la zone de TV ou FV, de sorte que l'épisode se termine sur le diagnostic « Rythme lent », alors que la tachycardie se poursuit. On ne sait pas combien de temps elle a perduré. Le patient dit être resté asymptomatique.

Message à retenir


Lorsqu'on soupçonne une surdétection extrinsèque, il est impératif de bien analyser l'ensemble de l'EGM pour caractériser les signaux et effectuer des manoeuvres provocatrices systématiques
en même temps que l'analyse des signaux cardiaques en temps réel par le programmateur dans l'écran de test “EGM”. L'interrogatoire du patient est essentiel pour identifier la situation
à l'origine de ces surdétections. L'utilisation de la fonction de communication RF facilite ces tests, en se débarrassant de la tête de programmation. Enfin, si le phénomène est observé dès les premiers jours ou semaines après l'implantation, il faut soupçonner un problème de connexion. Mais au bout de plusieurs mois ou quelques années cette dernière hypothèse n'est pas plausible.
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