Le BAV du premier degré correspond à un intervalle PR allongé; on retrouve un nombre égal d’ondes P et de complexes QRS et un espace PR dépassant 200 ms chez l’adulte. Un BAV du premier degré traduit le plus souvent un délai de conduction localisé au niveau du nœud auriculo-ventriculaire. Rythme sinusal (ondes P positives en DI, DII, V5, V6, négatives en aVR); espace PR allongé (300 ms) et fixe: BAV du premier degré; QRS fin sans anomalie; L’intervalle PR correspond au délai entre la dépolarisation de la première cellule auriculaire et la dépolarisation de la première cellule ventriculaire. L’intervalle PR peut être divisé entre onde P, dont la largeur est le témoin du temps de dépolarisation des 2 oreillettes, et segment PR, mesuré entre la fin de l’onde P et le début de l’onde R, qui traduit le délai de conduction dans le nœud auriculo-ventriculaire et le réseau de His-Purkinje. Le segment PR est le plus souvent isoélectrique, les structures traversées ne générant pas de signaux d’amplitude suffisante pour être détectés sur l’électrocardiogramme de surface.
Pour un même patient, l’intervalle PR peut ne pas être fixe tout au long de la journée et présenter des variations physiologiques (raccourcissement à l’effort, allongement dans un contexte vagal). En effet, les vitesses de conduction et les périodes réfractaires dans le nœud auriculo-ventriculaire sont sous la dépendance de canaux calciques et varient en fonction de différents paramètres (influence du système nerveux autonome, de certains médicaments et de certaines anomalies métaboliques). En dépit de ces variations physiologiques, il n’est pas habituel d’indexer et de corriger la valeur de l’espace PR en fonction de la fréquence cardiaque (à la différence de l’espace QT). Le terme de bloc auriculo-ventriculaire (BAV) du premier degré correspond à un allongement de l’intervalle PR au delà des valeurs physiologiques. Le terme n’est pas approprié car il ne s’agit pas à proprement parler d’un bloc (interruption de la conduction) mais plutôt d’un ralentissement de la conduction. En effet, on retrouve sur l’électrocardiogramme un nombre égal d’ondes P et de complexes QRS (chaque onde P est conduite) et un espace PR dépassant 200 ms chez l’adulte.
Un allongement de l’espace PR peut traduire un ralentissement à n’importe quel niveau de la “chaine de conduction” entre la première cellule atriale activée (début de l’onde P) et la première cellule ventriculaire activée. Un PR long peut survenir à la suite : 1) d’un retard de conduction atriale (rare); un allongement majeur du temps de conduction intra-atriale (vitesses de conduction ralenties et/ou dilatation de l’oreillette) révélé sur l’électrocardiogramme par une onde P très large peut entrainer un allongement modeste de l’intervalle PR. 2) d’un retard de conduction dans le nœud auriculo-ventriculaire (le plus fréquent); plus l’intervalle PR est long, plus la probabilité que le ralentissement soit situé dans le nœud auriculo-ventriculaire est importante. 3) d’un retard dans la conduction distale au niveau du réseau de His- Purkinje; le plus souvent associé à la présence d’un QRS large; cela traduit l’existence d’un bloc trifasciculaire et justifie de l’implantation d’un stimulateur cardiaque. Chez ce patient asymptomatique, l’onde P est normale, le QRS est fin, rendant très peu probable l’hypothèse d’un ralentissement intra-atrial ou d’un ralentissement distal situé dans le réseau de His-Purkinje. Un Holter-ECG des 24-heures et une épreuve d’effort ont montré une réduction de l’intervalle PR à l’effort, une capacité d’effort conservée et l’absence d’épisodes de bloc auriculo-ventriculaire du second ou du troisième degré. Cet aspect est probablement bénin et ne justifie pas de l’implantation d’un stimulateur.
