Dépassement de l'onde T

Patient

Homme de 71 ans, implanté avec un stimulateur cardiaque Biotronik Evia DR-T à double chambre pour un bloc auriculo-ventriculaire complet syncopal ; contrôle de routine ; nombreux PVC enregistrés dans la mémoire de l'appareil.



Tracé

  1. détection auriculaire et stimulation ventriculaire ;
  2. stimulation ventriculaire et surdétection de l'onde T ; onde P sinusale détectée dans le PVARP (prolongation du PVARP post-PVC) ;
  3. la stimulation auriculaire et la stimulation ventriculaire.

Commentaires

La qualité de la détection d'un signal dépend d'un certain nombre de ses caractéristiques physiques :

  1. son spectre de fréquence : la fréquence d'un signal est exprimée en hertz (Hz) et est l'inverse de sa période. Un stimulateur cardiaque amplifie les signaux entrants dans une plage de fréquences, en moyenne, comprise entre 10 et 70 Hz correspondant aux signaux de dépolarisation cardiaque. Les signaux situés en dessous et au-dessus de cette zone sont filtrés et sont donc rendus moins ou non détectables par le système. Dans le canal ventriculaire, les ondes R ont un spectre de fréquence compris entre 10 et 30 Hz et sont amplifiées. En revanche, les ondes T dont le spectre est inférieur à 5 Hz sont filtrées. De même, les signaux d'origine auriculaire recueillis dans le ventricule ont généralement une fréquence très basse, et sont le plus souvent filtrés. Le spectre de fréquence des signaux d'origine musculaire, comme celui du muscle pectoral (myopotentiels), se superpose à celui des ondes P et des ondes R. Dans la configuration unipolaire, le champ de détection s'étend de l'électrode distale de la sonde de stimulation au générateur d'impulsions qui est placé sur ou sous le muscle pectoral avec un risque accru d'interférence par la détection de signaux d'origine musculaire lors de certains efforts physiques ;
  2. sa pente : ce paramètre décrit la variation d'amplitude du signal cardiaque en fonction du temps, exprimée en mV/ms. Le stimulateur cardiaque détecte la partie la plus rapide du signal correspondant au passage de l'onde de dépolarisation en face de l'électrode. Si le signal de dépolarisation est fragmenté, comme c'est parfois le cas pour une extrasystole, les pentes de ses différentes composantes sont souvent plus lentes, avec un risque accru de sous-détection. Lors de l'implantation, les sondes de stimulation doivent idéalement être positionnées à un endroit où la pente de dépolarisation est d'au moins 1mV/ms dans le ventricule et d'au moins 0,5mV/ms dans l'oreillette. La mesure de la pente du signal dépend de son traitement, et en particulier des filtres utilisés. Ces derniers diffèrent selon le système de mesure, le dispositif externe de détermination des seuils ou la prothèse qui sera connectée en permanence. Les différences observées peuvent être très importantes. Cependant, l'enregistrement direct du signal lors de l'implantation peut être utile pour rechercher le site qui donne la déflexion intrinsèque la plus importante. La déviation intrinsèque d'un signal endocardique ne se produit presque jamais au début du signal correspondant sur l'ECG de surface. Par exemple, la détection de la dépolarisation ventriculaire chez un patient présentant un bloc de branche droit complet est très tardive. De même, dans l'oreillette, la détection auriculaire peut se produire à la fin de l'onde P de l'ECG de surface ;
  3. son amplitude : l'amplitude du signal mesuré par le stimulateur cardiaque correspond à l'amplitude du signal qui reste détectable par le système de stimulation après l'analyse de sa fréquence et la détermination de la pente. Elle est exprimée en mV. C'est le paramètre utilisé à la fin de la chaîne de traitement du signal pour déterminer le niveau de sensibilité du système. Lors de l'implantation d'une sonde de stimulation, il faut veiller à obtenir un signal correspondant à la bande passante du stimulateur, dont la déviation intrinsèque est la plus rapide possible et de grande amplitude. Des niveaux d'amplitude d'au moins 5 mV dans le ventricule et d'au moins 2 mV dans l'oreillette sont typiquement visés.

Ce tracé révèle une surdétection de l'onde T, le canal ventriculaire étant trop sensible. La détection automatique et adaptative cycle à cycle, absolument indispensable au bon fonctionnement d'un défibrillateur, est désormais disponible dans les plates-formes de stimulateurs cardiaques. Les contraintes du stimulateur cardiaque en termes de détection de signaux rapides de faible amplitude sont moindres que celles d'un défibrillateur (nécessité de détecter et de traiter la fibrillation ventriculaire). En revanche, la surdétection d'un signal cardiaque (onde T, onde P) ou extracardiaque (myopotentiel, interférences, etc.) peut être extrêmement problématique chez les patients dépendant d'un stimulateur cardiaque. En présence d'une surdétection de l'onde T, telle qu'observée chez ce patient, la programmation d'une sensibilité fixe plutôt qu'automatique peut être préférée.

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